Éviter les dépenses en capital redondantes entre réseaux voisins
Published on July 15th, 2026
Deux réseaux voisins, planifiant chacun de façon isolée, renforcent deux fois le même corridor. La duplication reste invisible tant que vous ne modélisez pas les deux systèmes comme un seul.
Les services publics planifient leurs réseaux à l’image des frontières réglementaires : une juridiction à la fois. C’est une façon raisonnable de gérer une entreprise réglementée. Mais elle gaspille de l’argent d’une manière que personne ne voit. Deux systèmes voisins, chacun planifiant prudemment, finissent par renforcer le même corridor, détenir la même redondance, construire vers le même pic. Deux fois.
Personne n’agit de façon irrationnelle. Chaque plan est solide selon ses propres termes. Mais le gaspillage n’apparaît que lorsqu’on prend du recul et qu’on modélise les actifs pour ce qu’ils sont physiquement : un seul système interconnecté, et non deux portefeuilles qui se touchent.
La fiabilité comporte une surdépense cachée
La planification isolée pousse les réseaux vers la surassurance. Si vous ne pouvez compter sur la capacité d’un voisin, vous construisez assez de la vôtre pour ne jamais en avoir besoin. Rationnel, actif par actif. Mais multipliez cette prudence sur chaque frontière d’une région, et vous obtenez un investissement de fiabilité réel, défendable et en partie redondant. L’actif n’est pas exactement gaspillé. Il duplique plutôt une capacité qui existe déjà de l’autre côté d’une ligne administrative, et non physique.
La redondance est difficile à voir parce qu’elle réside là où personne ne regarde. Les planificateurs de chaque réseau peuvent défendre chaque ligne de leur programme, car dans leur propre cadre, chaque ligne répond à une éventualité crédible. La duplication ne se trouve donc dans aucun des deux plans. Elle se trouve entre deux plans qui ne se sont jamais retrouvés sur la même table, sous une norme d’éventualité commune. Le cas le plus clair est le cas frontière N-1 : deux systèmes adjacents détiennent chacun une capacité ferme pour couvrir la perte d’une interconnexion partagée, alors qu’une seule réserve coordonnée sécuriserait les deux. Aucune revue interne ne le détectera jamais, car aucune revue interne n’examine l’ensemble d’éventualités combiné.
Deux choses rendent cela plus difficile à ignorer. D’abord, les régulateurs. La barre de prudence atteint désormais le cadrage du plan, et non seulement les projets qu’il contient. Donc « nous n’avons pas modélisé le réseau voisin » devient une réponse difficile à donner. Ensuite, la décarbonation est un problème régional. Le chemin le moins coûteux sur le cycle de vie vers un réseau plus propre traverse les frontières juridictionnelles : interconnexion partagée, flexibilité mise en commun, capacité coordonnée. Car la ressource renouvelable et la demande qu’elle dessert ne respectent pas les lignes sur la carte.

La question difficile à répondre et coûteuse à ignorer
La question que les dirigeants commencent à poser : combien de capital pourrions-nous éviter en planifiant à l’échelle régionale plutôt qu’une juridiction à la fois?
Y répondre exige un vrai travail. Il faut une modélisation multirégionale, une analyse partagée de l’écoulement de charge et de la stabilité, puis une évaluation conjointe du coût de production et des éventualités sur des territoires qui ne partagent pas de plan aujourd’hui. Ensuite, vous traduisez le résultat en investissement évité en valeur actuelle. En pratique, vous simulez la circulation de l’énergie dans un réseau combiné, selon une norme de sécurité commune et une gamme de scénarios de demande et de production. Et vous attribuez un chiffre crédible à la redondance que la coordination élimine. Cette exigence analytique explique précisément pourquoi personne ne pose la question.
Mais ne pas la poser a aussi un coût : un programme d’investissement discrètement plus grand qu’il n’a besoin de l’être, justifié par l’étroitesse de son cadre. Chaque interface où deux réseaux surconstruisent l’un contre l’autre est une capacité que les clients financent deux fois. Sur une région comptant de nombreuses interfaces, le chiffre est rarement petit. Et il s’accroît à chaque cycle de planification qui traite la frontière comme un mur plutôt qu’une couture.
La coordination n’est pas une fusion
La planification régionale ne signifie pas renoncer à l’autonomie. Aucune propriété partagée, aucune salle de commande fusionnée, aucun bilan unique. Elle signifie plutôt pouvoir simuler des scénarios de collaboration, interconnexions, partage de capacité, coordination du calendrier des grands chantiers, et attribuer un chiffre défendable à la valeur systémique avant de couler le béton.
C’est une discipline de gestion d’actifs appliquée à une frontière plus large. Le principe qui met en garde contre l’optimisation d’un seul actif isolé s’applique directement à des réseaux entiers : le choix optimal pour un actif peut être mauvais pour le système qui l’entoure. De même, un renforcement optimal pour une juridiction peut être redondant une fois le plan du voisin sur la table et la réserve mise en commun. Optimisez donc le programme, pas les parties.

Alors, comment chiffrer la coordination?
Le but n’est pas de planifier comme une seule entité. C’est de cesser de planifier comme si les voisins n’existaient pas. Autrement dit, remplacer l’hypothèse d’isolement, qui gonfle silencieusement chaque programme d’investissement régional, par une analyse explicite de ce que vaut la coordination.
Comment Direxyon y parvient. Direxyon rend l’arbitrage transfrontalier explicite grâce à un cadre décisionnel fondé sur la valeur, structuré autour de l’analyse décisionnelle multicritère. Le cadre évalue la capacité de part et d’autre d’une interface selon les mêmes dimensions : risque, niveau de service, coût total, valeur de report. Vous pouvez donc classer une réserve coordonnée face à deux réserves isolées sur une seule échelle traçable. Et ce classement tient devant un régulateur ou un réseau voisin, parce qu’il montre chaque hypothèse et documente chaque arbitrage.
La simulation de Monte-Carlo chiffre la valeur de la coordination sur de multiples scénarios de demande, de production et de pénétration des RED. Par conséquent, l’avantage en valeur actuelle d’une réserve coordonnée n’arrive pas sous la forme d’un chiffre unique qui attend d’être contesté. Il arrive sous celle d’une fourchette défendable, assortie d’intervalles de confiance, construite à partir des contraintes physiques des deux réseaux modélisés ensemble.
C’est la troisième des cinq questions stratégiques que nous approfondissons dans Viser juste, notre analyse 2026 de l’investissement en capital pour les réseaux électriques. Le chapitre présente l’approche de modélisation multirégionale des flux et de la production, un exemple d’interface détaillé qui quantifie le renforcement évité selon une norme d’éventualité commune, et l’effet de la planification interrégionale sur les tarifs que paient les clients.
→ Lire le livre blanc : VISER JUSTE : Des investissements pour un réseau électrique plus fiable, plus résilient et plus efficient
Questions fréquemment posées
Non. Elle n’exige aucune propriété partagée, salle de commande ni bilan commun. Il suffit de modéliser ensemble les réseaux voisins et de chiffrer la valeur de la coordination.
Entre deux plans qui ne se sont jamais retrouvés sur la même table. Chaque plan est défendable seul; le dédoublement n’apparaît que lorsqu’on modélise les deux comme un seul système.
Deux systèmes adjacents détiennent chacun une capacité ferme pour couvrir la perte d’une interconnexion partagée, alors qu’une seule réserve coordonnée pourrait sécuriser les deux.
Par simulation de Monte-Carlo sur plusieurs scénarios de demande, de production et de pénétration des RED, les deux réseaux étant modélisés ensemble. Le résultat est une fourchette en valeur actuelle, assortie d’intervalles de confiance, plutôt qu’un chiffre unique contestable.
Non. Les deux systèmes respectent la même norme de sécurité, comme le N-1, mais on modélise l’ensemble d’éventualités conjointement. La fiabilité reste constante; la coordination élimine seulement la duplication.
La barre de prudence atteint désormais le cadrage du plan, et non seulement les projets qu’il contient. Une dépense qu’un cadre plus large aurait évitée devient difficile à défendre. Et les clients financent deux fois la capacité dupliquée.
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